Le hasard peut-il fabriquer un atome ?
- Harmonie Science et foi
- 18 mai
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Particules éphémères, mécanique quantique, architecture de la matière et problème de l’information
Quand on dit que la matière aurait pu apparaître « par hasard », beaucoup de gens imaginent quelque chose d’assez simple. Ils se représentent une sorte de vaste réservoir de briques élémentaires flottant dans un univers primitif. Ces briques se rencontreraient, se heurteraient, s’essaieraient les unes aux autres, puis, après un nombre immense de tentatives, finiraient par tomber sur la bonne formule. Un proton surgirait, puis un électron, puis un atome d’hydrogène, puis la chimie. L’image est intuitive. Elle rassure presque. Pourtant, plus on regarde de près ce que la physique moderne dit réellement sur les particules, moins ce scénario ressemble à une explication.
Le premier problème est qu’il n’existe pas, dans la nature ordinaire, de « bassin » simple de briques fondamentales libres qui attendraient calmement de s’assembler. Le Particle Data Group rappelle que les quarks, bien qu’ils soient des constituants des hadrons, ne sont pas observés comme des particules librement propagées dans les conditions ordinaires : la chromodynamique quantique prévoit leur confinement à l’intérieur des hadrons, ou leur déconfinement seulement dans un plasma quarks-gluons sous des conditions extrêmes. ¹ Cela change tout. Une histoire du hasard a besoin de pièces disponibles. Or la physique commence déjà par nous dire que plusieurs des pièces en question ne sont justement pas disponibles de cette manière-là. Elles ne flottent pas librement dans l’espace en attendant qu’une combinaison heureuse se produise.
Il faut même aller plus loin. Le proton lui-même n’est pas une petite bille simple faite de « trois objets » bien rangés. Le CERN rappelle régulièrement que le proton possède une structure dynamique faite de quarks, d’antiquarks et de gluons, avec une mer interne de paires quark-antiquark et une composante gluonique qui joue un rôle majeur dans ses propriétés. ², ³ En 2025, l’expérience ALICE a mis en avant, pour le grand public, un fait saisissant : l’essentiel de la masse des protons et des neutrons visibles ne provient pas directement de la somme des masses des quarks, mais de la dynamique gluonique et de l’énergie associée, à hauteur d’environ 99 %. ⁴ Autrement dit, même ce que nous appelons couramment « une particule » est déjà une architecture. Nous ne sommes donc pas devant un jeu de Lego simple, mais devant un système hiérarchisé où les « briques » sont déjà des ensembles organisés.
C’est ici qu’entre en scène un argument que l’on néglige trop souvent : certaines structures ou particules sont trop éphémères pour servir de réservoir stable d’essais et d’erreurs. Si l’on imagine que la matière serait née par une longue suite de tâtonnements subatomiques, il faut du temps. Il faut des pièces stables. Il faut une marge de manœuvre. Or la physique des particules montre qu’une partie importante de ce monde subatomique est extraordinairement fugace. Le CMS rappelle que le boson de Higgs a une durée de vie de l’ordre de 1,6 × 10⁻²² seconde. ⁵ Le même CMS souligne aussi que le top quark vit environ 5 × 10⁻²⁵ seconde, soit si peu qu’il se désintègre avant d’avoir le comportement de hadronisation habituel des autres quarks. ⁶ Une telle réalité ne ressemble pas à un entrepôt de pièces patientes. Elle ressemble à un monde où une foule d’états possibles s’effondrent presque aussitôt qu’ils apparaissent. Le hasard n’y trouve pas un atelier stable. Il y trouve un paysage de transitions ultrarapides.
On pourrait répondre : « Très bien, certaines particules sont éphémères. Mais il suffit peut-être que quelques-unes soient stables pour que l’histoire du hasard reparte. » C’est ici qu’il faut faire intervenir la notion d’harmonisation. Le problème n’est pas seulement d’avoir des pièces. Le problème est d’avoir des pièces qui s’ajustent entre elles. Un proton n’a pas seulement besoin d’exister. Il doit exister avec la bonne charge, dans le bon régime d’interaction, avec la bonne masse, dans un univers où l’électron possède lui aussi la bonne charge, la bonne masse, le bon comportement quantique, et où l’interaction électromagnétique a la bonne intensité pour qu’un état lié stable soit possible. La vraie question n’est donc pas : « Est-ce qu’une particule peut apparaître ? » La vraie question est : « Est-ce qu’un ensemble cohérent de paramètres peut apparaître simultanément, de sorte qu’une architecture atomique stable devienne possible ? »
Cette harmonisation est plus précise qu’on ne le pense souvent. Les valeurs recommandées de CODATA 2022, diffusées via le National Institute of Standards and Technology, donnent une constante de structure fine α d’environ 7,297 × 10⁻³, un rapport de masse proton-électron d’environ 1836,1527 et un rayon de Bohr d’environ 5,29 × 10⁻¹¹ m. ⁷ Ces nombres ne sont pas là pour faire joli dans un tableau de constantes. Ils décrivent le régime particulièrement contraignant dans lequel l’atome d’hydrogène est ce qu’il est. Si la force électromagnétique change, si le rapport de masse change, si le cadre quantique change, ce n’est pas seulement un détail qui bouge : c’est la structure de l’atome qui s’effondre. Voilà ce qu’on appelle ici harmonisation. Ce n’est pas une simple coexistence de paramètres. C’est leur accord fonctionnel. Ce n’est pas seulement que le proton existe et que l’électron existe. C’est que leur coexistence tombe exactement dans la zone hyper étroite où une liaison stable, quantifiée et physiquement exploitable devient possible.
Un exemple simple peut aider. Imaginons un orchestre. Il ne suffit pas d’avoir un violon, une flûte, un piano et une percussion. Encore faut-il qu’ils soient accordés, qu’ils partagent une tonalité, un rythme, une structure, un cadre. Sinon, on n’obtient pas une symphonie, mais du bruit. Dans le cas de la matière, le problème est encore plus profond, car les « instruments » n’arrivent pas après la partition. Le proton ne peut pas apparaître d’abord n’importe comment puis découvrir ensuite quel électron lui conviendrait. L’électron ne peut pas surgir avec n’importe quelle masse puis apprendre plus tard qu’il lui faudra une autre valeur pour produire des niveaux d’énergie stables. Les règles de l’accord doivent être là dès le départ et de manière concomitante. C’est pourquoi, en réalité, la question de l’origine de l’atome est inséparable de la question de l’origine d’un système coordonné.
Pourquoi les électrons ne tombent-ils pas dans le noyau ?
Cette question est importante parce qu’elle montre tout de suite que l’atome ne fonctionne pas comme un petit système solaire miniature. Si l’électron était simplement une petite bille négative tournant autour d’un noyau positif, la physique classique dirait qu’il devrait perdre de l’énergie en rayonnant, puis finir par s’écraser sur le noyau. Or ce n’est pas ce qui se passe. La mécanique quantique a justement été développée parce que cette image classique ne marchait pas. Dans l’atome, l’électron n’occupe pas une trajectoire de planète. Il occupe des états permis, des états quantifiés, qu’on décrit par une fonction d’onde. Tant qu’il est dans l’un de ces états stationnaires, il ne « tombe » pas. La bonne question n’est donc plus « pourquoi l’électron continue-t-il à tourner ? », mais « pourquoi la nature autorise-t-elle précisément ces états stables ? » C’est déjà le signe qu’on n’est pas devant un système improvisé, mais devant une structure régie par des règles très précises. ¹¹, ¹²
Pourquoi les protons ne se repoussent-ils pas tous dans un noyau si petit ?
Cette question est pertinente parce qu’elle met en lumière une tension énorme au cœur de la matière. Les protons portent tous une charge positive. Intuitivement, ils devraient donc se repousser fortement. Et pourtant, dans le noyau, ils tiennent ensemble. Pourquoi ? Parce qu’à cette très petite échelle intervient une autre interaction, beaucoup plus puissante que la répulsion électrique à courte distance : la force forte. Elle agit entre protons et neutrons dans le noyau et maintient l’ensemble lié sur une très courte portée, de l’ordre de la taille même du noyau. Mais cette réponse ne simplifie pas le problème, elle le rend plus impressionnant. Il faut en effet que cette force soit assez forte pour tenir le noyau, mais pas n’importe comment, ni sur n’importe quelle distance. Il faut la bonne intensité, la bonne portée et souvent aussi le bon nombre de neutrons pour stabiliser l’ensemble. Là encore, on découvre non pas un bricolage grossier, mais un équilibre extrêmement fin. ¹³
Pourquoi le neutron et le proton ont-ils presque la même masse ?
Cette question compte parce que si leurs masses étaient très différentes, la matière ordinaire ne se comporterait pas de la même manière. Le proton et le neutron sont presque des « jumeaux » du noyau. Les valeurs de référence montrent que le neutron n’est que très légèrement plus lourd que le proton. Cette petite différence est décisive. Elle aide à comprendre pourquoi le proton est stable dans la matière ordinaire, tandis que le neutron libre se désintègre au bout d’un certain temps. Elle joue aussi un rôle dans la formation des noyaux et dans l’histoire cosmique de la matière. Ce qui est frappant, ce n’est donc pas seulement qu’ils aient des masses voisines, mais que cet écart soit petit, précis et physiquement fertile. Une fois de plus, la question n’est pas seulement « qu’est-ce qui existe ? », mais « pourquoi les valeurs tombent-elles justement là où l’univers devient habitable pour une chimie stable ? » ¹⁴, ¹⁵
Pourquoi l’électron est-il environ 1800 fois plus léger qu’un proton ?
Cette question est fondamentale parce que le rapport de masse entre proton et électron influence directement la taille de l’atome, ses niveaux d’énergie et donc toute la chimie. Si l’électron était beaucoup plus lourd, l’architecture atomique serait profondément différente. Dans le modèle standard, la masse des particules élémentaires est liée à leur interaction avec le champ de Higgs. Mais cela ne répond pas à tout. Le cadre théorique dit comment une masse est liée à ce champ, il ne dit pas simplement pourquoi l’électron a exactement la valeur observée ni pourquoi le rapport proton-électron tombe si bien pour permettre des atomes stables. Le lecteur peut retenir ceci : l’électron n’est pas « un peu plus léger » par détail secondaire ; il est immensément plus léger, et ce contraste fait partie de la recette qui rend possible l’atome tel que nous le connaissons. ¹⁴, ¹⁶
Pourquoi y a-t-il des couches électroniques autour du noyau ?
Cette question est pertinente parce qu’elle touche à l’architecture même de l’atome. Si les électrons pouvaient se placer n’importe comment, il n’y aurait pas de structure claire, pas de périodicité chimique, pas de tableau périodique cohérent. Les couches électroniques existent parce que tous les états ne sont pas permis. La mécanique quantique autorise certains niveaux d’énergie et en interdit d’autres. Les électrons se distribuent donc dans des états quantifiés décrits par des nombres quantiques. Dans les atomes à plusieurs électrons, le principe d’exclusion de Pauli ajoute une contrainte décisive : deux électrons ne peuvent pas partager exactement le même état quantique dans un même atome. Résultat : les électrons se rangent en couches et sous-couches. Le point important pour le lecteur n’est pas d’apprendre tous les symboles techniques, mais de comprendre ceci : l’atome est structuré par des permissions et des interdictions. Il a une charpente. ¹², ¹⁷
Pourquoi surtout les électrons de la dernière couche participent-ils aux réactions chimiques ?
Cette question est importante parce qu’elle relie la physique de l’atome à la chimie de la vie quotidienne. Pourquoi l’or, l’oxygène, le carbone ou le sodium ne réagissent-ils pas tous de la même manière ? Parce que tous les électrons d’un atome ne sont pas également disponibles. Les électrons proches du noyau sont en général beaucoup plus fortement liés. Ils sont comme des personnes assises profondément à l’intérieur d’un théâtre bondé : ils ne bougent pas facilement. Les électrons de la couche externe, qu’on appelle souvent électrons de valence, sont moins fortement retenus. Ce sont eux qui sont disponibles pour être partagés, donnés ou attirés dans une liaison chimique. C’est pour cela que la chimie se joue d’abord à la périphérie de l’atome. Cette idée paraît simple, mais elle révèle encore une fois une organisation hiérarchisée et fonctionnelle. ¹², ¹⁸
Pourquoi les atomes se combinent-ils pour former des molécules ?
Cette question est pertinente parce qu’elle nous fait passer de l’atome isolé au monde réel, le monde de l’eau, de l’air, des protéines, des minéraux et du vivant. Les atomes se combinent souvent parce que le système complet devient alors plus stable qu’avant. En se liant, ils peuvent atteindre un état d’énergie plus bas ou une configuration électronique plus favorable. Dans une liaison covalente, par exemple, une paire d’électrons est partagée entre deux atomes. Dit autrement, les atomes ne se collent pas « au hasard » ; ils s’assemblent selon des règles qui rendent certaines combinaisons permises, d’autres impossibles, d’autres encore très improbables. Cela signifie que même au niveau de la chimie, le réel fonctionne déjà comme un monde de contraintes intelligibles, pas comme une soupe informe qui se recollerait n’importe comment. ¹⁹ , ²⁰
Pourquoi l’énergie lumineuse vient-elle par paquets de photons ?
Cette question est importante parce qu’elle montre que même la lumière n’échange pas son énergie de manière continue et floue. La physique quantique a justement mis fin à cette vision. Avec Planck puis Einstein, on a compris que la lumière peut être décrite comme un flux de quanta, c’est-à-dire de paquets d’énergie, qu’on appelle photons. Pour le lecteur, le point à retenir est simple : à la base, la nature ne distribue pas toujours l’énergie comme un robinet qui coule sans interruption. Elle la distribue aussi en unités discrètes. Cela a des conséquences immenses, depuis la structure des atomes jusqu’aux technologies modernes. Et, dans notre réflexion, cela renforce une idée importante : même les échanges fondamentaux de la nature obéissent à une structure précise. ²¹
Pourquoi le noyau est-il si petit par rapport à l’atome ?

Cette question est très utile pédagogiquement parce qu’elle aide à voir que l’atome n’est pas une petite boule pleine. L’atome est surtout un espace structuré par le nuage électronique. Les constantes de référence donnent un rayon de Bohr d’environ 5,29 × 10⁻¹¹ m pour l’échelle atomique de ba
se, alors que le rayon de charge du proton est d’environ 8,4 × 10⁻¹⁶ m. Cela fait un écart d’environ cinq ordres de grandeur. En clair, le noyau est minuscule par rapport à l’atome entier. Pourquoi ? Parce que les nucléons sont confinés par l’interaction forte à l’échelle du femtomètre, alors que la structure électronique de l’atome est gouvernée par la mécanique quantique et par l’interaction électromagnétique sur une échelle beaucoup plus grande. Cette disproportion n’est pas un détail visuel. Elle fait partie de l’architecture profonde de la matière. ⁷, ¹⁴
Pourquoi parle-t-on souvent de quatre liaisons, alors que ce n’est pas une règle universelle ?
Cette question est pertinente parce qu’elle empêche de transformer une régularité importante en faux absolu. On entend souvent dire qu’un atome « ne peut pas faire plus de quatre liaisons ». Ce n’est pas vrai en général. Le carbone, lui, est typiquement tétravalent, et cela joue un rôle immense en chimie organique. Mais d’autres éléments peuvent avoir d’autres comportements de liaison, et l’IUPAC rappelle que la chimie connaît aussi des composés hypervalents. Le point important n’est donc pas de mémoriser le chiffre quatre comme une loi universelle. Le point important est de comprendre que chaque élément possède des capacités de liaison encadrées par sa structure électronique. Autrement dit, la nature n’autorise pas n’importe quelle connexion entre n’importe quels atomes. Elle fonctionne avec des règles de permission bien définies. ²² , ²³
Pourquoi toutes ces questions sont-elles importantes pour l’argument général ?
Prises séparément, ces questions peuvent donner l’impression d’être de simples curiosités de cours de physique ou de chimie. Ensemble, elles montrent quelque chose de beaucoup plus profond. L’atome n’est pas une petite unité brute tombée juste par chance. C’est une intersection de plusieurs couches de loi physique. Les quarks donnent la structure des nucléons. Les gluons gouvernent la dynamique de l’interaction forte. Le photon porte l’interaction électromagnétique. Le champ de Higgs intervient dans la masse des particules élémentaires. Les règles quantiques imposent les états permis. Et tout cela doit s’accorder pour qu’un atome stable existe, puis pour qu’une chimie féconde devienne possible. Plus on explique ces questions de façon simple, plus on voit que le vrai problème n’est pas seulement la complexité de la matière. Le vrai problème, c’est sa cohérence. Et cette cohérence ne ressemble pas du tout à un heureux bricolage. ², ⁴, ¹⁶
À ce stade, on touche à la question de l’information. Quand on entend ce mot, on pense souvent à l’ADN, au langage ou au code informatique. Pourtant, l’idée générale est plus large. Un système contient de l’information quand il ne se contente pas d’exister, mais qu’il réalise une fonction dans un ensemble de contraintes précises. L’atome d’hydrogène n’est pas seulement « de la matière ». C’est une configuration qui réalise quelque chose de bien déterminé : une liaison stable, des niveaux d’énergie précis, une ouverture vers toute la chimie ultérieure. Ici, les travaux de Robert Hazen et de ses collègues sur l’« information fonctionnelle » peuvent servir de cadre conceptuel utile, même s’ils ont été développés d’abord pour la bio complexité. Hazen définit cette information comme l’information requise pour encoder une fonction spécifique. ⁸ Plus récemment, Michael Wong et ses coauteurs ont repris le lien entre fonction, sélection et systèmes évolutifs de manière plus générale. ⁹ Sans confondre la physique atomique et la biologie, on peut donc employer cette idée avec prudence : plus la région des configurations qui réalisent effectivement une fonction est restreinte, plus la question de l’information devient aiguë.
Appliquée à la matière, cette idée devient redoutable. Ce que le naturalisme doit expliquer n’est pas seulement l’apparition d’objets. Il doit expliquer l’apparition d’un système d’information distribué. La charge du proton, la charge de l’électron, la dynamique gluonique, les règles quantiques, le rapport de masse, l’intensité de l’interaction électromagnétique, tout cela n’agit pas comme une collection d’objets indépendants. Tout cela agit comme un réseau de contraintes qui se répondent. Une pièce prise isolément n’explique rien. Ce qui explique l’atome, c’est l’accord de l’ensemble. Et c’est précisément ce qui rend le récit du hasard beaucoup plus lourd qu’on ne l’admet d’ordinaire. Le hasard ne devrait pas seulement produire des particules élémentaires. Il devrait produire des particules élémentaires déjà compatibles avec un système qu’aucune d’entre elles ne peut anticiper.
C’est ici qu’un autre point devient crucial. On parle souvent du hasard comme s’il s’agissait simplement de notre ignorance. Nous ne savons pas prédire tel résultat, donc nous parlons de hasard. Mais dans le débat sur l’origine de la matière, le mot « hasard » prend un sens beaucoup plus fort. Il ne désigne plus seulement une imprévisibilité locale. Il devient une puissance explicative globale. On lui demande d’expliquer l’origine d’une architecture multi-niveau : constantes, interactions, quarks, gluons, hadrons, atomes, chimie. Or plus on monte dans cette hiérarchie, plus l’accord entre les niveaux devient visible. Luke Barnes le souligne longuement dans sa revue sur le fine-tuning : les propriétés des particules élémentaires ont des effets directs sur la chimie et sur le monde macroscopique, et les zones compatibles avec un univers habitable sont vertigineusement étroites par rapport à tout l’espace des possibilités. ¹⁰ Ici, même sans entrer dans tous les débats sur le multivers, une chose reste nette : les paramètres fondamentaux ne se laissent pas penser comme des nombres isolés. Ils forment un système.
On peut alors résumer la tension de la manière suivante. Pour qu’un atome naisse vraiment par hasard, il ne suffirait pas que quelques entités subatomiques apparaissent. Il faudrait, en même temps, qu’il existe un régime où certaines structures soient suffisamment stables pour jouer un rôle, qu’un ensemble d’autres structures éphémères ne fasse pas simplement s’effondrer le tout avant toute organisation durable, que les quarks soient pris dans le bon type d’interaction forte, que la dynamique gluonique génère le bon type de nucléon, que l’électron possède la bonne charge et la bonne masse, et que le tout tombe dans une fenêtre d’harmonisation où l’atome devient physiquement stable. Ce n’est pas un simple « coup de chance ». C’est une convergence de contraintes. À mesure que l’on comprend cette convergence, l’idée d’une matière purement fortuite paraît de moins en moins possible, jusqu’à devenir absurdement improbable.
Voilà pourquoi la vraie question n’est pas seulement : « L’atome est-il complexe ? » La vraie question est : « Pourquoi est-il cohérent ? » La complexité seule n’est pas décisive. Ce qui frappe, c’est la coordination, la compatibilité, l’harmonisation des niveaux. Nous ne sommes pas devant un tas de briques, mais devant une architecture équilibrée sur le fil du rasoir. Nous ne sommes pas devant un bricolage aveugle qui aurait fini par tomber juste, mais devant un ordre qui, jusque dans ses bases subatomiques, porte l’empreinte d’un réglage profond. À partir de là, la question n’est plus de savoir si l’on peut superposer une lecture théiste au discours scientifique, mais de reconnaître que l’ordre profond de la matière, la coordination de ses niveaux de structure et l’ajustement précis de ses paramètres pointent de manière convergente vers une cause intelligente plutôt que vers un enchaînement aveugle d’accidents. Elle devient une hypothèse sérieuse : plus on comprend la matière, moins elle ressemble à une improvisation, et plus elle ressemble à un système pensé de manière absolument géniale.
Par Daniel Capitanu
Groupe Harmonie Science et Foi
Bibliographie
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4. CERN / ALICE Collaboration, « The other 99% », 2025. https://alice-collaboration.web.cern.ch/2025-Jan-other-99
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10. Barnes, Luke A., « The Fine-Tuning of the Universe for Intelligent Life », Publications of the Astronomical Society of Australia, 2012. https://www.research-collection.ethz.ch/bitstreams/2a4af1fb-ace6-4304-8da7-7e2b8be9016b/download
11. Krausz, Ferenc, « Sub-atomic motions », Reviews of Modern Physics 96, 030502, 2024. https://link.aps.org/doi/10.1103/RevModPhys.96.030502
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13. Nobel Prize, « Forces ». https://www.nobelprize.org/prizes/themes/forces/
14. CODATA / NIST, Fundamental Physical Constants, extensive listing. https://physics.nist.gov/cuu/pdf/all.pdf
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16. CERN, « The Higgs boson », et FAQ associée. https://home.cern/science/physics/higgs-boson ; https://home.cern/resources/faqs
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19. IUPAC, « Lewis formula », Glossary of terms used in physical organic chemistry. https://publications.iupac.org/pac-2007/1979/pdf/5108x1725.pdf
20. NIST, Dielectric characterization and reference materials, section sur la structure de H2O et les électrons de valence. https://nvlpubs.nist.gov/nistpubs/Legacy/TN/nbstechnicalnote1338.pdf
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22. IUPAC Gold Book, « hypervalency ». https://goldbook.iupac.org/terms/view/HT07054
23. IUPAC project 2018-030-2-200, « Toward a comprehensive definition of valence ». https://iupac.org/project/2018-030-2-200/







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