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La mathématique comme langage descriptif de l’univers

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    Harmonie Science et foi
  • 18 mai
  • 14 min de lecture

Qu’est-ce que la mathématique ?

La mathématique étudie les quantités, les formes, les rapports et les régularités. Elle ne se réduit pas au calcul. Elle sert à décrire le réel avec précision. Poincaré disait que la mathématique est « l’art de donner le même nom à des choses différentes ». ¹ Autrement dit, elle repère, sous des phénomènes variés, une même structure.

C’est ce que montre bien l’exemple d’Ératosthène. Au IIIᵉ siècle avant Jésus-Christ, probablement vers 240 av. J.-C., il estima la circonférence de la Terre en comparant l’angle des ombres observées dans deux villes d’Égypte. À Syène, au midi du solstice d’été, le soleil tombait presque verticalement. Au même moment, à Alexandrie, un objet projetait une ombre correspondant à un angle d’environ 7,2°. Si la Terre avait été plate, l’angle aurait été le même dans les deux villes. Mais comme la différence représentait environ un cinquantième d’un cercle, Ératosthène en a conclu que la distance entre Alexandrie et Syène représentait un cinquantième de la circonférence terrestre. Il suffisait donc de multiplier cette distance par 50 pour obtenir une estimation de la circonférence du globe. Son estimation se révèle étonnamment proche des calculs modernes à moins de 1 % par rapport au calcul fait avec la technologie moderne, (d’autres estiment une précision de quelques pourcents car ils ont des doutes concernant l’unité exacte du stade utilisée dans son temps). ² Quelques observations locales, reliées par une structure géométrique, ont ainsi permis d’atteindre une vérité planétaire. Voilà ce que fait la mathématique : elle relie des faits dispersés et en fait apparaître l’ordre. Elle ne fait pas qu’organiser nos pensées. Elle met aussi au jour une intelligibilité déjà présente dans les choses.


Son importance

La mathématique est essentielle parce qu’elle rend le monde plus lisible. Elle permet de mesurer. Sans elle, il serait impossible de quantifier les distances, les masses, les vitesses, les durées ou les proportions. Elle permet aussi de modéliser. Grâce à elle, on peut représenter le comportement d’un système par des équations, des fonctions ou des structures géométriques. Enfin, elle permet de prévoir. Lorsqu’un phénomène est bien décrit mathématiquement, on peut souvent anticiper son évolution.

L’histoire de l’astronomie en donne un bel exemple. Les lois de Kepler ont décrit avec précision le mouvement des planètes, puis Newton a montré que ces régularités relevaient d’une loi gravitationnelle plus générale. ³ Les mathématiques n’ont donc pas seulement accompagné l’observation du ciel. Elles en ont révélé l’ordre. Lorsqu’un modèle mathématique correspond de façon remarquable à un phénomène naturel, cela montre que l’univers n’est pas un chaos pur. Il se présente à l’esprit comme un ordre qui peut être lu, formulé et vérifié.


Ses applications

Les applications de la mathématique sont partout. En physique, elle décrit le mouvement, les forces, l’énergie, les champs et les ondes. Les équations de Maxwell en donnent un exemple spectaculaire. Elles n’ont pas seulement résumé ce que l’on savait déjà sur l’électricité et le magnétisme. Elles ont aussi conduit à la prédiction des ondes électromagnétiques avant leur observation expérimentale. ⁴ 

En astronomie, elle permet de calculer les orbites, les distances et les masses stellaires. En chimie, elle intervient dans les proportions, les concentrations et les vitesses de réaction. En biologie, elle aide à étudier les populations, la diffusion, la croissance et les réseaux du vivant. En ingénierie, elle est indispensable pour concevoir des bâtiments, des ponts, des moteurs, des circuits et des logiciels. En économie, elle sert à analyser les risques, les tendances et les probabilités. En informatique, elle est au cœur des algorithmes, du codage, de la logique et du traitement de l’information. Même dans la musique, l’art, l’architecture et la finance, elle intervient sous forme de rythme, de proportion, de symétrie ou d’optimisation.


Vers une question plus profonde

Cette omniprésence des mathématiques conduit à une question plus profonde. Pourquoi fonctionnent-elles si bien pour décrire l’univers ? Pourquoi le monde physique se laisse-t-il exprimer dans un langage abstrait élaboré par l’esprit humain ? L’histoire des sciences offre ici un cas frappant. Avant même d’être observée, la planète Neptune avait été inférée par calcul à partir de perturbations orbitales. ⁵ 

Le réel semblait donc déjà répondre aux mathématiques avant d’être directement vu. Galileo l’avait formulé avec force : le « grand livre » de l’univers est écrit dans la langue des mathématiques. ⁶ La formule est célèbre, mais elle reste saisissante. Elle suppo

se que le réel n’est pas seulement là. Il est lisible.

Les lois de la logique et les mathématiques : le fondement de leur crédibilité

Voltaire disait qu’« il n’y a point de secte en géométrie ». ⁷ La formule est vive, mais elle vise juste : en mathématiques, la preuve compte plus que l’opinion. Si un tiroir contient trois billes, il ne peut pas, au même moment et sous le même rapport, ne pas contenir ces trois billes. Cela paraît trivial. Pourtant, sans cette stabilité logique, aucun raisonnement ne tient. Les mathématiques reposent sur de tels principes. Avant même de mesurer ou de démontrer, il faut qu’une pensée cohérente soit possible. Cela suppose, entre autres, le principe d’identité, le principe de non-contradiction et le principe du tiers exclu.

L’histoire des mathématiques le confirme. Avec les Éléments d’Euclide, la géométrie est devenue un modèle de raisonnement déductif : on part de principes simples, puis on avance pas à pas vers des conséquences nécessaires. ⁸ Ces lois ne sont pas de simples conventions. Elles s’imposent à nous comme les conditions mêmes de toute pensée intelligible.


Pourquoi les mathématiques dépendent-elles si profondément de la logique ?

Les mathématiques ne sont pas une suite d’opérations mécaniques. Elles forment un système de relations déduites à partir d’axiomes, de définitions et de règles d’inférence. Lorsqu’un mathématicien démontre un théorème, il ne dit pas seulement qu’un résultat lui paraît plausible. Il montre qu’une conclusion s’impose à partir de prémisses admises. C’est ce qui a fait de la géométrie classique une école de rigueur. Dans la tradition euclidienne, on exige qu’un résultat découle pas à pas d’éléments déjà établis. Ce n’est pas seulement la vérité qui importe, mais la manière dont elle est atteinte.

Cette nécessité est capitale. Elle distingue la mathématique de nombreuses autres disciplines où l’on travaille surtout par induction, approximation ou généralisation empirique. En mathématiques, si la démonstration est correcte, la conclusion ne dépend ni des cultures, ni des circonstances, ni des préférences. C’est ce lien avec la logique qui donne aux mathématiques leur fiabilité singulière.


La mathématique comme science de la nécessité rationnelle

Poincaré rappelait que « l’induction mathématique donne la certitude, alors que les généralisations inductives des sciences de la nature ne donnent que de la probabilité ». ⁹ Dans les sciences empiriques, on observe, on formule des hypothèses, puis on les teste. Les résultats peuvent être très solides, mais ils restent liés à la mesure et à l’expérience. En mathématiques, lorsqu’une proposition est démontrée dans un cadre donné, elle est nécessairement vraie dans ce cadre. C’est pourquoi cette discipline jouit d’un statut épistémologique particulier. Elle ne repose pas d’abord sur ce qui semble fonctionner, mais sur ce qui doit être vrai si le raisonnement est valide. La logique empêche le raisonnement de s’effondrer. La mathématique, elle, en développe les conséquences avec une précision inégalée.


Pourquoi peut-on parler de la « reine des sciences » ?

Cette expression ne veut pas dire que les autres sciences seraient négligeables. Elle signifie que les mathématiques occupent une place centrale. Elles fournissent aux autres sciences leur langage de précision. La physique, la chimie, l’astronomie, l’ingénierie et une grande partie de la biologie en dépendent pour formuler leurs lois et tester leurs modèles. Elles offrent aussi un degré de certitude particulier. Une loi physique peut être confirmée avec une grande puissance, mais elle reste liée à l’expérience. Un théorème mathématique, lui, possède une stabilité conceptuelle d’un autre ordre. Elles révèlent enfin la trame rationnelle sur laquelle la connaissance scientifique devient possible. Avant même de faire de la science, il faut pouvoir raisonner, distinguer, définir, ordonner, déduire et compter.

Bertrand Russell rappelait que « les mathématiques, bien comprises, ne possèdent pas seulement la vérité, mais aussi une beauté suprême ». ¹⁰ L’ordre mathématique ne convainc pas seulement l’esprit. Il le saisit. Reste alors une question décisive : les mathématiques sont-elles une invention de l’esprit humain, ou la découverte d’un ordre qui le précède ?


Les lois de la logique et les vérités mathématiques : invention humaine ou découverte ?

La question est simple, mais profonde. Quand l’être humain formule une loi logique ou démontre une vérité mathématique, invente-t-il quelque chose, ou découvre-t-il une réalité qui existait déjà avant lui ? La réponse touche directement au statut des mathématiques, et plus largement à la nature même du réel.


L’hypothèse de l’invention humaine

À première vue, on pourrait penser que les mathématiques sont une création humaine. Après tout, ce sont les hommes qui ont inventé les symboles, les notations, les systèmes axiomatiques et les méthodes de démonstration. Il est vrai qu’une partie de l’édifice mathématique comporte une dimension conventionnelle. Nous choisissons les signes. Les notations varient selon les cultures et les époques. Mais cela ne va pas au fond du problème. Même si l’écriture est conventionnelle, la vérité qu’elle exprime ne l’est pas. Nous pouvons écrire « 2 + 2 = 4 » de plusieurs manières. En revanche, nous ne décidons pas que cela est vrai. Autrement dit, nous inventons les signes, mais non les relations qu’ils expriment.


Une objection fréquente : « Nous avons simplement adapté les mathématiques au monde »

On objecte parfois que les mathématiques fonctionnent parce que nous les avons construites à partir de notre expérience du monde. Nous aurions donc développé l’outil adapté à la réalité que nous rencontrons. Cette réponse contient une part de vérité, mais elle reste insuffisante. L’histoire des géométries non euclidiennes en donne un bon exemple. Pendant un temps, elles ont paru n’être que des constructions théoriques. Or la relativité générale a montré que la gravitation pouvait être comprise dans un cadre géométrique non euclidien. ¹¹ Il devient alors difficile de dire que les mathématiques ne font que coller servilement à l’expérience immédiate.

Cette objection n’explique pas non plus pourquoi des structures d’abord purement théoriques finissent parfois par décrire le réel avec une précision étonnante. Elle constate le fait. Elle n’en donne pas la raison profonde.


Pourquoi les mathématiques ressemblent davantage à une découverte


Roger Penrose se range explicitement du côté de la découverte. ¹² Certaines constructions mathématiques, dit-il en substance, révèlent des vérités profondes qui ne semblent pas inventées, mais reconnues. La meilleure manière de le voir est de se demander si une vérité mathématique dépend vraiment de nous. Le théorème de Pythagore était-il faux avant d’être formulé ? Les rapports numériques ont-ils commencé à exister le jour où nous les avons identifiés ? Évidemment non.

Les vérités mathématiques semblent universelles, stables et indépendantes de nos préférences. Elles s’imposent à l’intelligence dès qu’elles sont comprises. Le même constat vaut pour les lois de la logique. Le principe de non-contradiction n’est pas devenu valide parce que les hommes l’ont adopté. C’est parce qu’il était déjà incontournable que toute pensée cohérente a dû s’y conformer. Cela suggère que nous ne fabriquons pas les vérités mathématiques au sens fort. Nous les découvrons. L’esprit ne semble pas créer l’intelligibilité du réel, mais s’éveiller à elle.

Le cas de Dirac est particulièrement frappant. En cherchant une théorie relativiste cohérente de l’électron, il fut conduit par son équation à l’idée d’une particule de charge positive, ensuite confirmée expérimentalement : le positron. ¹³ Ici, les mathématiques donnent l’impression de dévoiler une réalité qui dépasse d’abord notre imagination. La question change alors de niveau. Il ne s’agit plus seulement de savoir comment nous utilisons les mathématiques, mais ce que leur existence révèle sur le réel. 


Une portée philosophique majeure

Si les lois logiques sont immatérielles, universelles, invariantes et nécessaires, et si les mathématiques procèdent de ce tissu logique, alors leur puissance descriptive ne semble pas venir seulement de conventions humaines ou d’habitudes mentales locales. Cela devient encore plus frappant quand l’univers physique lui-même se laisse formuler mathématiquement avec une précision étonnante. Nous avons alors, d’un côté, des structures mathématiques abstraites, et de l’autre, un monde réel qui semble leur correspondre.

Eugene Wigner allait jusqu’à parler du « miracle de l’adéquation du langage mathématique » aux lois de la nature. ¹⁴ Le mot est fort, mais il traduit un vrai étonnement. Quand la géométrie permet de mesurer la Terre, quand les lois mathématiques ordonnent le mouvement des planètes, quand le calcul mène à une planète invisible, quand des équations annoncent des ondes ou des particules avant leur observation, il devient difficile de réduire cette convergence à une simple commodité mentale. Einstein formulait le problème avec une clarté remarquable : comment se fait-il que les mathématiques, issues de la pensée humaine, s’accordent si admirablement avec les objets de la réalité ? ¹⁵ Le réel apparaît alors non seulement ordonné, mais orienté vers l’intelligibilité.


Une réalité antérieure, indépendante et immatérielle

Si tel est le cas, les lois de la logique et les vérités mathématiques présentent un profil remarquable. Elles semblent immatérielles, universelles, invariantes et nécessaires. Une molécule a une masse, une position, une durée. Une vérité mathématique n’a rien de tel. Elle n’occupe pas un lieu dans l’espace, ne s’use pas, ne dépend pas de conditions locales, et pourtant elle s’impose à toute intelligence rationnelle.

Nous sommes donc confrontés à une difficulté réelle : les fondements mêmes de la rationalité scientifique ne semblent pas être matériels. Comme si l’armature la plus profonde du réel relevait moins de la masse et du choc que du sens, de l’ordre et de l’intelligibilité. La question n’est plus seulement descriptive. Elle devient métaphysique : comment un univers interprété comme purement matériel pourrait-il rendre compte de réalités aussi manifestement non matérielles ?


Pourquoi cela pose-t-il un problème au matérialisme strict ?

Dans une vision strictement matérialiste, tout ce qui existe au fond est de nature matérielle ou physico-chimique. L’esprit humain serait alors le produit tardif de processus aveugles. La logique et les mathématiques devraient donc, en dernière analyse, être comprises comme des résultats contingents d’une histoire biologique liée à la survie. Mais si tel était le cas, plusieurs questions surgissent. Pourquoi un cerveau issu de processus non dirigés aurait-il accès à des vérités abstraites, universelles et nécessaires ? La survie peut expliquer des comportements adaptés à un environnement local. Elle explique beaucoup moins facilement l’accès à des structures mathématiques profondes.

Qu’un cerveau soit capable d’éviter un précipice ou de reconnaître un prédateur, cela se comprend. Qu’il puisse concevoir des espaces courbes, des équations relativistes ou des particules d’abord invisibles, la question devient autrement plus exigeante. Ensuite, pourquoi l’univers extérieur correspond-il si bien à ces structures abstraites ? Même si l’on admet que l’esprit humain construit des modèles utiles, il faut encore expliquer pourquoi ces modèles saisissent si bien le comportement du monde réel.

Enfin, pourquoi les fondements mêmes de la science reposent-ils sur des réalités qui ne sont pas elles-mêmes matérielles ? Les nombres, les relations, les lois logiques et les vérités mathématiques ne sont ni des molécules ni des champs physiques. Pourtant, la science ne peut pas fonctionner sans eux. Le matérialisme ne doit donc pas seulement expliquer l’existence d’un monde ordonné. Il doit aussi expliquer l’existence d’esprits capables d’en saisir l’ordre abstrait avec une telle profondeur.


Le décalage entre la matière brute et l’ordre mathématique

La matière brute, prise en elle-même, ne démontre rien. Elle ne formule pas d’équations. Elle ne distingue pas le vrai du faux. Elle ne porte pas en elle la nécessité logique. Une pierre tombe. Une planète suit une trajectoire. Une onde se propage. Très bien. Mais pourquoi ces comportements sont-ils exprimables sous des formes mathématiques élégantes et stables ? Pourquoi le réel n’est-il pas simplement une suite brute de faits sans structure profonde accessible à l’intelligence ? Une pierre ne démontre rien. Une planète ne rédige aucune équation. Pourtant, l’une tombe et l’autre orbite selon des régularités que notre pensée peut formaliser. Toute la question est là : comment le muet peut-il être si lisible ?


Une lecture créationniste de cette convergence

C’est ici que l’hypothèse de la création acquiert une force particulière. Si l’univers est le produit d’une intelligence première, il devient compréhensible que sa structure soit rationnelle, ordonnée et mathématisable. Il devient aussi compréhensible que l’esprit humain soit capable de reconnaître cet ordre. Dès lors, le parcours historique prend un autre relief. De l’ombre d’un bâton qui révèle la taille de la Terre jusqu’aux équations qui annoncent une planète, une onde ou une particule avant qu’elles ne soient observées, tout se passe comme si le réel répondait à une grammaire rationnelle préalable. Dans une perspective de la création, cette convergence n’apparaît plus comme une coïncidence brute, mais comme la trace d’un ordre pensé. 

Cela ne signifie pas que Dieu « fait des mathématiques » au sens académique. Cela signifie plutôt que les lois rationnelles auxquelles notre pensée se conforme et les structures mathématiques que nous découvrons trouvent plus naturellement leur place dans un univers issu d’une source intelligible première que dans un univers aveugle et sans intention. La question n’est donc pas seulement : « Pourquoi les mathématiques fonctionnent-elles ? » La question plus profonde est : « Pourquoi existent-elles comme vérités stables, et pourquoi le réel leur correspond-il ? »


Le point décisif

Le point décisif est peut-être celui-ci : dans un univers fondamentalement aveugle, rien n’oblige à ce que la pensée abstraite humaine rencontre si bien la structure du réel. Or c’est ce que nous constatons. Le monde est lisible. Il est mesurable. Il se laisse modéliser. Il se prête à une description rationnelle d’une finesse étonnante. Cela ne prouve pas à lui seul une doctrine théologique complète. Mais cela crée une forte pression intellectuelle contre l’idée que tout cela serait simplement le sous-produit d’un chaos originel sans intelligence.

Si tel est le cas, alors la question ne peut plus être évitée. Sommes-nous prêts à reconnaître que l’intelligibilité mathématique du monde n’est pas un simple fait brut, mais l’indice d’un ordre plus profond ? Sommes-nous prêts à admettre que la rationalité que nous découvrons dans l’univers renvoie à une rationalité qui le précède et le fonde ? Le lecteur se trouve ici devant une alternative réelle. Soit il considère que la convergence entre lois logiques, vérités mathématiques, intelligence humaine et structure du réel n’est qu’une coïncidence fondamentale. Soit il accepte d’examiner sérieusement l’idée que cette convergence est le signe d’un univers pensé, ordonné et voulu.

Un tel constat ne force pas mécaniquement la foi. Mais il oblige au moins à une honnêteté intellectuelle. 

Si le réel est profondément lisible, si notre esprit est étonnamment ajusté à cette lisibilité, et si les mathématiques révèlent avec tant de précision l’architecture du monde, alors l’hypothèse d’une source créatrice rationnelle ne peut plus être écartée comme naïve ou superflue.

Peut-être faut-il alors inverser notre manière habituelle de penser. Au lieu de demander seulement comment l’univers fonctionne, il faut aussi se demander pourquoi il est intelligible. Et au lieu de voir dans les mathématiques un simple outil forgé par l’homme, il faut peut-être y reconnaître l’un des signes les plus saisissants que l’univers porte en lui une empreinte de raison. La foi chrétienne va plus loin. Ce que la réflexion découvre comme intelligibilité fondatrice, l’Évangile selon Jean le nomme : le Logos. Le réel n’est donc pas seulement soutenu par une force, mais par une intelligibilité première, personnelle, créatrice et fondatrice.

« Au commencement était le Logos, et le Logos était avec Dieu, et le Logos était Dieu. » ¹⁶


Par Daniel Capitanu,

Groupe Harmonie Science et Foi


Bibliographie


  1. Henri Poincaré, Science et méthode, Paris, Flammarion, 1908, chap. « L’avenir des mathématiques ».

  2. Voir Encyclopaedia Britannica, « Eratosthenes », et NOAA Ocean Service Education, « What is geodesy? Historical observations », pour le rappel du calcul d’Ératosthène et la comparaison avec les mesures modernes.

  3. Voir NASA, « Orbits and Kepler’s Laws » ; Isaac Newton, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, Londres, 1687.

  4. James Clerk Maxwell, « A Dynamical Theory of the Electromagnetic Field », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, vol. 155, 1865, p. 459-512 ; Encyclopaedia Britannica, « Electromagnetism: Effects of varying electric fields ».

  5. Voir Encyclopaedia Britannica, « Urbain-Jean-Joseph Le Verrier ».

  6. Galileo Galilei, Il Saggiatore, Rome, 1623. Pour le contexte de la formule, voir aussi Mathematical Association of America, « Quotations in Context: Galileo – 2 ».

  7. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. « Secte », 1764.

  8. Euclide, Les Éléments, trad. et comm. Thomas L. Heath, 3 vol., Cambridge, Cambridge University Press, 1908.

  9. Henri Poincaré, La Science et l’Hypothèse, Paris, Flammarion, 1902 ; Gerhard Heinzmann, « Henri Poincaré », Stanford Encyclopedia of Philosophy.

  10. Bertrand Russell, Mysticism and Logic and Other Essays, Londres, Longmans, Green and Co., 1918, essai « The Study of Mathematics ».

  11. Albert Einstein, Geometry and Experience, Berlin, 1921 ; Roberto Torretti, « Nineteenth Century Geometry », Stanford Encyclopedia of Philosophy.

  12. Roger Penrose, entretien sur la découverte mathématique, Why Are We Here?, transcript de l’entretien « Is Mathematics Invented or Discovered? » ; voir aussi Roger Penrose, The Road to Reality, London, Jonathan Cape, 2004.

  13. Paul A. M. Dirac, « The Quantum Theory of the Electron », Proceedings of the Royal Society A, vol. 117, no 778, 1928, p. 610-624.

  14. Eugene P. Wigner, « The Unreasonable Effectiveness of Mathematics in the Natural Sciences », Communications on Pure and Applied Mathematics, vol. 13, no 1, 1960, p. 1-14.

  15. Albert Einstein, Geometry and Experience, Berlin, 1921.

  16. La Sainte Bible, Évangile selon Jean 1,1. Le terme grec original est λόγος, souvent traduit en français par « Parole ».


 
 
 

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Réalisé par Chantale Coulombe

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